Le psychotrauma

Prévalence de la survenue d’un choc émotionnel et origines

Entre 70 % et 90% des personnes dans le monde traversent un événement potentiellement traumatisant au cours de sa vie. L’état de choc peut survenir à la suite de la perte d’un être proche, d’un viol ou d’une agression sexuelle, d’harcèlement moral, de violence conjugale, de l’annonce d’une maladie, d’un endoctrinement, d’un séisme, d’un tsunami, de la guerre, d’un crash aérien, d’un accident de train, etc.

Des impacts divers face au choc

Un traumatisme est un vécu subjectif qui impacte chaque individu de manière différente, selon une intensité variable. La diversité des réactions s’explique par la personnalité, les croyances, les valeurs et les expériences de vie propres à chacun (en particulier les événements traumatiques passés). Néanmoins, dans tous les cas, l’événement traumatique suscite chez l’individu des réactions intenses de peur, d’impuissance et/ou d’horreur.

Prévalence de la survenue d’un trauma psychique et définition

Selon l’Inserm, la prévalence des traumas serait de 5 à 12% dans la population générale et pourrait aller jusqu’à 25% pour certaines populations notamment les soldats de guerre.
Le traumatisme psychique, psychotraumatisme, ou traumatisme psychologique, représente l’ensemble des mécanismes de sauvegarde d’ordre psychologique, neurobiologique et physiologique qui se mettent en place à la suite d’un ou de plusieurs évènements choquants. Pour avoir un effet traumatique, le ou les événements doivent représenter une menace (réelle, potentielle ou imaginée) pour l’intégrité de la personne, survenir de manière soudaine et imprévue, et s’accompagner d’un sentiment d’impuissance, de terreur, de détresse, d’effroi, de solitude, d’abandon, etc. Lors de cet évènement, la personne fait l’expérience de la mort (sa propre mort ou celle d’un tiers), durant un temps bref ou prolongé. Le cerveau (amygdale cérébrale) est submergé par l’émotion. Il est dans l’incapacité de comprendre et de réagir face à ce stress intense. Pour répondre à ce choc, l’organisme met en place des mécanismes de protection.

La symptomatologie du trauma psychique

Après un événement traumatique, plusieurs manifestations peuvent se développer. Ces réactions sont normales et naturelles. On observe quatre grandes catégories de symptômes :

  • Les reviviscences : flash-backs, pensées envahissante relatives à l’évènement, cauchemars de répétition, etc.
  • L’évitement des pensées, des discussions ou des personnes en rapport avec le traumatisme.
  • Des troubles cognitifs et un émoussement émotionnel : incapacité de se rappeler un aspect important de l’événement traumatique, repli sur soi, perte d’intérêt, sentiment d’avenir bouché.
  • Une hyperactivité neurovégétative : hypervigilance, irritabilité, difficultés de concentration, troubles du sommeil, trouble de l’appétit, sursaut, sentiment d’insécurité.

De plus, le traumatisme peut réveiller des conflits intérieurs et ainsi, intensifier la charge émotionnelle déjà forte.

L’impact d’un ESPT sur les différentes sphères interpersonnelles

L’individu impacté par un ESPT manifeste de nombreux symptômes impactant sa capacité à agir en tant que parent, conjoint, employé et membre de la société. Des changements dans son comportement peuvent créer des problèmes de communication, du stress, de l’inquiétude, de la frustration, de la colère, de l’insatisfaction, etc.

Les prises en charge immédiates et post-immédiates d’un événement choquant

En France, la prise en charge précoce la plus répandue est le defusing. Il prend place dans les toutes premières heures qui suivent le traumatisme sur les lieux mêmes de la catastrophe ou de l’agression. Le mot defusing signifie « désamorçage ». L. Crocq le traduit par « déchoquage immédiat » dont le but est, pour les victimes, de verbaliser les émotions et les affects.

L’accompagnement post-immédiat a lieu dans les jours, les semaines et les mois suivant l’événement traumatique. L’objectif est de prendre en charge les diverses manifestations qui se développent à la suite d’un événement traumatique mais également, à sortir les victimes d’un état de stupeur ou de dissociation. Les victimes peuvent être reçues seule ou en groupe.

Le débriefing n’est pas un acte magique qui permet de tout évacuer et de revenir à un avant. Il a pour objectif de faire prendre conscience à la victime que le choc a bien existé, qu’il n’est pas effaçable, qu’il est douloureux, que des symptômes peuvent survenir mais qu’une prise en charge adaptée permet une guérison et un retour « normal » à la vie. Le débriefing n’est donc pas suffisant à lui seul, il n’a d’intérêt que s’il est accompagné d’un suivi à long terme.

Les psychothérapies pour traiter un ESPT

Il existe différentes techniques psychothérapeutiques pour aider les victimes notamment la psychothérapie dynamique, la psychanalyse, les thérapies systémiques, les thérapies comportementales et cognitives (TCC), l’hypnose, l’EMDR, les thérapies de groupe, etc. Le traitement diffère lorsqu’il s’agit de violence unique et limitée dans le temps ou de violences continues, répétées et installées dans la durée. Dans le premier cas, la thérapie peut être courte (quelques séances) grâce à un travail de psycho-éducation sur les mécanismes misent en jeu lors d’un événement traumatique et sur la mémoire traumatique. Pour le second, un travail thérapeutique doit s’opérer en profondeur sur l’ancrage des symptômes psycho-traumatiques, sur l’histoire de vie de la victime, sur la mémoire traumatique, etc. La psychothérapie est donc plus longue et plus intense.
40 % des personnes souffrant d’un état de stress post-traumatique se rétablissent en l’espace d’un an (selon l’OMS). A noter, plus la personne consulte tôt, meilleures sont ses chances de rétablissement.

Le soutien des proches

La famille est la première ressource pour les personnes souffrant d’un ESPT. Le soutien social est d’ailleurs le seul facteur de protection permettant de réduire le risque d’apparition et de maintien d’un traumatisme. L’entourage doit pouvoir accompagner la victime, l’aider à mobiliser ses ressources, être présent lors de démarches juridiques, sociales ou thérapeutiques. Il doit respecter son rythme sans lui imposer en lui demandant de prendre sur elle, d’oublier, de passer à autre chose, de tourner la page. En effet, il faut du temps à la victime pour surmonter ses peurs, ses doutes, d’éventuelles menaces lorsqu’il y a présence d’un agresseur, etc.

Julie-Anne ALLAIN, psychologue de C.I.S Assistance

Question posée par mail

Comment se comporter face à une personne qui vient de vivre un événement choquant ?

Notre réponse

Même s’il n’est pas évident de parler avec une victime, voici quelques conseils qui pourront vous être utile :

  • Traitez la victime de la manière dont vous souhaiteriez être traité vous-même ;
  • Cherchez un endroit calme pour échanger ;
  • Si la victime a du mal à s’exprimer, laissez-lui le temps nécessaire pour tout récapituler calmement et exprimer ses émotions. Vous pouvez l’aider à se remémorer les faits, à mieux les identifier, et à construire un récit plus précis de ce qui s’est passé.
  • Essayez de vous mettre à sa place en regardant les choses sous son point de vue.
  • Ne donnez jamais l’impression à la victime qu’elle aurait pu éviter l’agression. Contredisez-la si elle s’accuse.

IHRM-CIS Assistance assure depuis 2001 la formation de professionnels et futurs professionnels de santé.